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Qui a inventé l'ours en peluche ?
L Lucie MartelPublié le 30 avril 2026 L'ours en peluche n'aurait jamais dû exister. Et pourtant il est dans chaque chambre d'enfant du monde depuis plus de cent vingt ans. Son invention est l'une des plus improbables de l'histoire des objets : deux inconnus, de part et d'autre de l'Atlantique, qui créent la même chose au même moment, déclenchés par la même caricature de presse. Mais la vraie histoire de l'ours en peluche est plus riche que l'anecdote Roosevelt que tout le monde connaît à moitié. Elle commence dans un atelier de couture allemand, avec une femme en fauteuil roulant que l'histoire a presque oubliée. Dans cet article La réponse courte : deux inventeurs, deux pays, la même année Margarete Steiff, la vraie fondatrice que l'histoire oublie Le 14 novembre 1902 : la chasse qui a tout changé Une invention simultanée : ce que ça dit de l'époque Pourquoi l'ours a survécu à tout De Winnie l'Ourson à Paddington : le mythe amplifié Questions fréquentes La réponse courte : deux inventeurs, deux pays, la même année Qui a inventé l'ours en peluche ? La réponse honnête est : deux personnes, sans se connaître, à quelques mois d'intervalle. En Allemagne, Richard Steiff, neveu de la couturière Margarete Steiff, dessine en 1902 des croquis d'ours inspirés de ses visites au zoo de Stuttgart. Il convainc sa tante de fabriquer le prototype. L'ours Steiff, avec ses membres articulés fixés par des tiges métalliques, est présenté à la foire du jouet de Leipzig en 1903. Un acheteur américain passe une commande de 3 000 exemplaires le dernier jour du salon. L'entreprise Steiff existe encore aujourd'hui, et son fameux bouton dans l'oreille est l'une des marques déposées les plus célèbres de l'industrie du jouet. Aux États-Unis, Morris Michtom, confiseur russe émigré à Brooklyn, crée avec sa femme Rose un ours en tissu qu'il expose dans la vitrine de sa boutique en novembre 1902, inspiré par une caricature de presse publiée deux jours plus tôt. Il le baptise "Teddy's Bear" et écrit au président Roosevelt pour lui demander l'autorisation d'utiliser son surnom. Roosevelt accepte. Le succès est immédiat. Michtom fonde l'Ideal Novelty and Toy Company, qui produira des jouets jusqu'en 1984. Deux hommes, deux continents, deux histoires. Mais une seule origine commune : un moment précis de l'histoire américaine, le 14 novembre 1902. Invention simultanée : Steiff (Allemagne) vs Michtom (États-Unis), 1902 Schéma côte à côte montrant les deux origines indépendantes du Teddy Bear en 1902 : Richard et Margarete Steiff en Allemagne, Morris Michtom aux États-Unis, avec leur déclencheur commun. Allemagne — Giengen Margarete Steiff Couturière, fauteuil roulant depuis 1848 Richard Steiff, croquis d'ours Inspiré du zoo de Stuttgart, 1902 Ours articulé Steiff Foire de Leipzig, mars 1903 Bouton dans l'oreille · marque déposée Steiff GmbH existe encore aujourd'hui États-Unis — Brooklyn Morris & Rose Michtom Confiseurs russes émigrés à Brooklyn Caricature Berryman Washington Post, 16 nov. 1902 "Teddy's Bear" en vitrine Brooklyn, novembre 1902 Nom "Teddy Bear" · accord Roosevelt Ideal Novelty & Toy Co. jusqu'en 1984 14 nov. 1902 La chasse même résultat Margarete Steiff, la vraie fondatrice que l'histoire oublie Derrière Richard Steiff et ses croquis, il y a une femme sans qui rien n'aurait existé. Margarete Steiff naît en 1847 à Giengen an der Brenz, en Wurtemberg. A dix-huit mois, la poliomyélite lui paralyse définitivement les jambes. Elle vivra toute sa vie en fauteuil roulant, dans l'Allemagne du XIXe siècle, une époque où cette condition aurait dû l'exclure de toute vie professionnelle indépendante. Elle apprend la couture, puis ouvre un atelier de confection avec les chutes de tissu de l'usine familiale. En 1880, elle coud son premier animal en feutre : un éléphant destiné à servir de pelote à épingles. Il finit dans les mains d'enfants du quartier, qui en font immédiatement un jouet. Margarete comprend quelque chose que peu de fabricants de jouets avaient compris avant elle : un animal doux et saisissable à la main est instinctivement adopté par un enfant. Lorsque son neveu Richard lui présente ses croquis d'ours en 1902, elle est sceptique. Un ours ne lui semble pas commercialement prometteur. Elle cède pourtant, fabrique le prototype, et c'est cet ours, construit sur vingt ans de savoir-faire en peluche animale, qui convaincra l'acheteur américain à Leipzig. Sans Margarete Steiff, sans son atelier, sa technique et sa vision, le Teddy Bear n'a pas de forme. L'histoire retient souvent le nom de son neveu. Elle méritait mieux. Le 14 novembre 1902 : la chasse qui a tout changé Theodore Roosevelt est en novembre 1902 au Mississippi pour arbitrer un conflit frontalier entre deux États. Ses assistants organisent une partie de chasse. Après plusieurs heures sans résultat, ils attachent un ourson blessé à un arbre pour offrir au président une prise facile. Roosevelt refuse de tirer. Il juge l'acte contraire à toute éthique du chasseur. 16.11.1902 Le caricaturiste Clifford Berryman publie dans le Washington Post un dessin intitulé "Drawing the Line in Mississippi". On y voit Roosevelt de dos, fusil baissé, refusant de tirer sur un ourson apeuré tenu en laisse. La caricature fait immédiatement le tour du pays. Pourquoi cette image a-t-elle eu un tel retentissement ? En 1902, Roosevelt incarne le sommet de la virilité américaine : militaire, explorateur, chasseur, "homme d'action" dans un pays qui valorise la conquête et la force brute. Le voir refuser de tuer un animal sans défense crée un contraste émotionnel inattendu. Ce n'est pas de la faiblesse : c'est de la grandeur. La force qui protège la douceur. Morris Michtom voit la caricature dans sa boutique de Brooklyn. Avec sa femme Rose, il coud un ours en tissu brun, lui donne des yeux en bouton, et l'expose en vitrine avec une étiquette : "Teddy's Bear". Il épuise son stock en quelques jours. Il écrit à la Maison Blanche. Roosevelt, amusé, lui répond que son nom ne vaut pas grand-chose pour un ours en peluche, mais qu'il peut s'en servir. C'est la naissance officielle du Teddy Bear. "I don't think my name is worth much to the bear and rabbit business, but you are welcome to use it." Theodore Roosevelt, dans sa réponse à Morris Michtom, 1902. Une invention simultanée : ce que ça dit de l'époque Est-ce un hasard que deux personnes aient eu la même idée au même moment de chaque côté de l'Atlantique ? Presque certainement non. Le début du XXe siècle est une période charnière pour l'enfance en tant que concept. La révolution industrielle a produit une classe moyenne avec du temps, de l'argent et une attention nouvelle portée à l'éducation et au développement des enfants. Les premières théories sur la psychologie de l'enfant émergent : en 1902, G. Stanley Hall publie sa théorie des stades de développement. L'idée que l'enfance est une période spécifique, avec ses propres besoins et ses propres objets, commence à s'imposer dans la culture occidentale. Dans ce contexte, un jouet doux, sécurisant, anthropomorphe, qui peut être serré, porté et nommé, répond à un besoin qui existait déjà mais n'avait pas encore de forme commerciale. Les poupées en porcelaine étaient fragiles et froides. Les jouets en bois n'étaient pas câlinables. L'ours en peluche comble un manque que l'époque était prête à identifier. Steiff et Michtom n'ont pas créé le besoin. Ils ont simplement été les premiers à lui donner une forme au bon moment. Timeline de l'histoire de l'ours en peluche, 1880 à 2022 Chronologie des 7 jalons clés de l'invention et diffusion de l'ours en peluche, de l'atelier Steiff en 1880 à l'anniversaire 120 ans en 2022. 1880 Atelier Margarete Steiff, Giengen Premier animal en feutre — un éléphant devenu jouet 14 nov. 1902 La chasse de Roosevelt, Mississippi Refus de tirer sur l'ourson — le geste qui change tout 16 nov. 1902 Caricature Berryman, Washington Post "Drawing the Line in Mississippi" fait le tour du pays Nov. 1902 Premier "Teddy's Bear" — vitrine de Brooklyn Morris Michtom obtient l'accord informel de Roosevelt Mars 1903 Foire de Leipzig — première commande mondiale 3 000 ours Steiff commandés par un acheteur américain 1907 Plus d'un million d'ours produits par an La peluche s'impose mondialement en 5 ans 2022 120 ans du Teddy Bear Steiff produit toujours des ours articulés à Giengen Pourquoi l'ours a survécu à tout Deux guerres mondiales, la crise de 1929, l'arrivée de la télévision, des jouets électroniques et des jeux vidéo : l'ours en peluche est toujours là. Pas comme nostalgie, pas comme objet de collection réservé aux adultes sentimentaux. Dans les chambres d'enfants du monde entier, il occupe exactement la même place qu'en 1907. La réponse la plus convaincante est venue d'un pédiatre et psychanalyste britannique, Donald Winnicott. Dans ses travaux des années 1950, il théorise le concept d'"objet transitionnel" : l'objet que l'enfant investit pour gérer la séparation d'avec sa mère. Cet objet doit être doux, constant, toujours disponible, incapable de rejeter. Il répond à une sollicitation émotionnelle que les jouets actifs, éducatifs ou interactifs ne peuvent pas combler, parce que ceux-ci demandent quelque chose à l'enfant. L'ours, lui, ne demande rien. C'est précisément pour cette raison que des adultes en ont encore un. Pas par régression : par besoin d'un objet qui ne juge pas, ne déçoit pas, absorbe l'inquiétude sans en produire. La théorie de Winnicott explique aussi pourquoi les substituts numériques n'ont jamais vraiment remplacé la peluche : l'écran répond, réagit, demande de l'attention. L'ours reçoit. Les études actuelles en psychologie du développement confirment que les objets transitionnels, dont les ours en peluche, jouent un rôle actif dans la régulation émotionnelle des enfants jusqu'à l'âge de 7 à 10 ans, et pour certains bien au-delà. De Winnie l'Ourson à Paddington : le mythe amplifié L'ours en peluche aurait peut-être fini par s'essouffler sans une série de personnages fictifs qui lui ont donné une âme narrative. En 1926, A.A. Milne publie Winnie-the-Pooh, inspiré du jouet en peluche de son fils Christopher Robin et d'une vraie ourse du zoo de Londres. Le personnage traverse tout le XXe siècle sans prendre une ride. En 1920, l'ours Rupert apparaît dans le Daily Express britannique. En 1958, Michael Bond crée Paddington Bear, l'ours péruvien au chapeau mou, qui devient une figure culturelle majeure dans tout le monde anglophone. Chacun de ces personnages ajoute une couche de signification à l'objet réel : l'ours n'est plus seulement doux, il est loyal, maladroit, courageux et tendre. Il incarne des vertus que les humains aspirent à avoir. Le phénomène a même engendré une pratique de collection dédiée : l'arctophilie, la collection d'ours en peluche anciens ou de luxe. Il existe des musées entièrement consacrés à l'ours en peluche, dont le Teddy Bear Museum de Petersfield en Angleterre, ouvert en 1984. Des enchères Steiff anciens atteignent régulièrement plusieurs milliers d'euros. L'objet du quotidien est devenu un objet de patrimoine. Et dans les chambres d'enfants, il continue de faire ce qu'il a toujours fait, sans s'en vanter. Questions fréquentes sur l'histoire de l'ours en peluche Quelle est l'origine de l'ours en peluche ? L'ours en peluche naît simultanément en 1902 de deux côtés de l'Atlantique. En Allemagne, Margarete et Richard Steiff fabriquent un ours articulé présenté à la foire de Leipzig en 1903. Aux États-Unis, Morris Michtom crée un ours en tissu qu'il baptise "Teddy's Bear" en référence au président Roosevelt, dont le refus de tirer sur un ourson lors d'une partie de chasse venait d'être caricaturé dans le Washington Post. Les deux créations sont indépendantes et presque simultanées. Quelle est la véritable histoire de l'ours en peluche ? La véritable histoire commence bien avant 1902, dans l'atelier de Margarete Steiff, couturière allemande paralysée des jambes depuis l'enfance, qui coud des animaux en peluche depuis 1880. Son neveu Richard lui soumet des croquis d'ours en 1902. Parallèlement, la caricature de la partie de chasse de Roosevelt par Clifford Berryman déclenche aux États-Unis la création du Teddy Bear par Morris Michtom. Les deux objets se rejoignent dans un même élan mondial à partir de 1903, porté par une époque où l'enfance devient un marché et un sujet de préoccupation sociale. Qui a créé la peluche en général ? Les jouets en tissu rembourré existent depuis l'Antiquité, mais la peluche telle qu'on la connaît aujourd'hui, avec son tissu synthétique doux, son rembourrage et sa forme animale, est directement liée au travail de Margarete Steiff à partir des années 1880. Elle est la première à industrialiser la fabrication d'animaux en tissu destinés aux enfants, d'abord en feutre, puis en mohair. Son atelier de Giengen pose les bases de l'industrie de la peluche moderne. Qui a créé le premier ours Teddy ? Le nom "Teddy Bear" revient à Morris Michtom, confiseur américain d'origine russe installé à Brooklyn, qui expose le premier ours portant ce nom en novembre 1902 et obtient l'accord informel du président Roosevelt pour utiliser son surnom "Teddy". Le design articulé qui est devenu la référence des collectionneurs revient à Richard Steiff, dont la tante Margarete a fabriqué les prototypes à Giengen. Les deux créations coexistent et se sont développées en parallèle. Pourquoi l'ours en peluche s'appelle-t-il "Teddy Bear" ? "Teddy" est le surnom du président américain Theodore Roosevelt. En novembre 1902, il refuse de tirer sur un ourson blessé attaché à un arbre par ses assistants lors d'une partie de chasse dans le Mississippi. La scène est caricaturée par Clifford Berryman dans le Washington Post le 16 novembre 1902. Morris Michtom s'en inspire pour créer un ours en peluche, qu'il nomme "Teddy's Bear" en hommage au président. Le nom se simplifie rapidement en "Teddy Bear" et s'impose dans le monde entier. 120 ans plus tard, il est toujours là L'ours en peluche est né d'une coïncidence, d'une femme remarquable que l'histoire a presque effacée, d'un président qui a refusé de tirer et d'un confiseur immigré qui a tout misé sur une caricature de journal. Ce concours de circonstances improbable a produit l'objet le plus universellement aimé de l'histoire du jouet. Ce qui le maintient en vie, c'est quelque chose que ni le temps ni la technologie ne peuvent remplacer : la capacité d'un objet silencieux et doux à recevoir ce qu'un enfant n'arrive pas encore à dire. Si vous cherchez un ours qui durera lui aussi, explorez notre collection d'ours en peluche : chaque modèle est choisi pour sa qualité de matière et sa capacité à traverser le temps. Découvrir nos ours en peluche → Sources & références Smithsonian National Museum of American History : "The Teddy Bear and its History" (americanhistory.si.edu) Steiff GmbH : archives officielles de la marque et chronologie (steiff.com) Winnicott D.W., "Transitional Objects and Transitional Phenomena", International Journal of Psychoanalysis, 1953 Berryman, C.K. : caricature "Drawing the Line in Mississippi", Washington Post, 16 novembre 1902 (Library of Congress) Teddy Bear Museum, Petersfield, Angleterre : fondé en 1984 par Gyles Brandreth
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